Carbone dans le sol : passons aux choses sérieuses !

CGIAR accueille depuis juin dernier le “4 pour 1000“, une initiative qui met les sols au cœur des solutions pour la lutte contre le changement climatique, plus que jamais d’actualité alors que se tient à Bonn la COP23.

Commençons par une devinette : quel rapport y a-t-il entre le carbone contenu dans nos sols, les Etats Généraux de l’Alimentation en France, et les événements climatiques extrêmes qui ont alimenté l’actualité ces derniers mois ?

Et bien c’est le lien étroit qui existe entre notre alimentation et le changement climatique.
Allons plus loin : le secteur agro-alimentaire est, de l’exploitation agricole à notre assiette, le premier secteur économique impacté par le changement climatique. Il en est aussi un de ses principaux moteurs : la production alimentaire mondiale – qui inclut l’agriculture, l’élevage et la déforestation dont près de 80% est due à l’agriculture – est aujourd’hui responsable de près de 25% des émissions de gaz à effet de serre. Et avec l’accroissement de la population et des niveaux de vie, la demande alimentaire mondiale devrait croître de 70% d’ici 2050. Les scientifiques estiment que si l’agriculture, à l’inverse des autres secteurs économiques, ne réduit pas ses émissions de gaz à effet de serre, sa part des émissions pourrait doubler pour atteindre 50% en 2050. L’agriculture se trouve donc confrontée à un triple défi : nourrir une population croissante, s’adapter au réchauffement planétaire et à une variabilité climatique sans précédent depuis l’existence de l’agriculture, et réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Et le carbone contenu dans nos sols, me direz-vous ? Nous y voilà : stocker du carbone dans le sol, dans lequel il est naturellement présent, est aujourd’hui considéré par de nombreux scientifiques comme l’un des meilleurs moyens à notre disposition pour compenser significativement nos émissions de gaz à effet de serre (GES).

Lors du récent Forum Eat sur l’Alimentation à Stockholm, Johan Rockström, Directeur du Stockholm Resilience Center et Walter Willet, Professeur à l’Université de Harvard  nous ont rappelé cette évidence dans leur présentation inaugurale sur “l’État du Monde et de la Planète”. Selon eux, il ne fait nul doute qu’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris constitue un véritable défi qui nécessite une véritable “révolution agraire”, où notre système de production alimentaire devra faire partie d’un plan d’action vers une économie “bas carbone”, moins gourmande en énergies non-renouvelables et moins émettrice de GES. Et stocker plus de carbone dans le sol, sous forme de matière organique, est une option qui pourra contribuer de manière très significative à atteindre ces objectifs.

Au Forum Eat sur l’Alimentation en juin 2017 à Stockholm, Johan Rockström explique pourquoi il est nécessaire de stocker du carbone dans le sol pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat (Crédit : EAT)

Néanmoins, si nos connaissances scientifiques nous montrent qu’il s’agit d’une solution d’avenir, il reste encore à mieux comprendre les mécanismes permettant de mettre en œuvre de façon durable ce stockage de carbone dans le sol. Lancée durant la COP21 sous l’égide du gouvernement français, l’initiative “4 pour 1000” rassemble désormais les efforts de la communauté internationale pour combler ce fossé.

Sur le papier, une croissance annuelle de 0,4% (ou “4 pour 1000”) du taux de carbone dans le sol permettrait de compenser la totalité des émissions de GES. Dans le monde réel des sols agricoles et forestiers, cet objectif apparaît difficile à atteindre ou limité dans le temps. En effet, tous les sols agricoles ne peuvent absorber une telle quantité de carbone sous forme de matière organique, et tous n’ont pas la même capacité maximale de stockage, qui pourra être atteinte au bout de quelques années (ou quelques dizaines d’années). Mais l’idée forte de cette initiative est que chaque effort visant à stocker du carbone dans le sol ou à éviter son “relargage” dans l’atmosphère par des pratiques agricoles inadaptées, permettrait de faire passer notre système agro-alimentaire du banc des accusés au rang des solutions dans la lutte contre le changement climatique.

Et ce n’est pas tout ! Les agriculteurs et les agronomes savent depuis des siècles que plus de carbone dans le sol signifie une meilleure fertilité, une réduction de l’érosion et une meilleure rétention de l’eau ; autrement dit, une meilleure adaptation à la variabilité croissante du climat, et un meilleur revenu pour les agriculteurs, condition essentielle d’une meilleure sécurité alimentaire et nutritionnelle, en particulier dans le monde en développement.

Les techniques telles que l’agroforesterie, l’agroécologie, l’agiculture de conservation, la permaculture font partie de la panoplie des outils à mettre en œuvre et déjà connus pour stocker du carbone dans le sol.

Les agriculteurs comme Nelson Mkwaila n’auront plus de difficultés à nourrir leurs familles après avoir planté dans leurs champs de maïs et leurs vergers, des arbres fertilisants comme le Gliricidia. (The Agroforestry Food Security Programme in Malami – supported by the Irish Aid. Photo : Charlie Pye-Smith)

Le secrétariat de l’Initiative “4 pour 1000” est désormais hébergé à Montpellier par l’Organisation du Système CGIAR, dans le cadre d’un accord signé le 29 juin 2017. CGIAR est un partenariat mondial de recherche agricole pour un futur sans faim, dont le siège est établi depuis 2012 à Montpellier avec un statut d’organisation internationale.

L’Initiative s’inscrit dans le cadre du Plan mondial d’action pour le climat (GCAA) adopté par la CNULCC à la COP22 qui fait suite au Plan d’action Lima-Paris de la COP21 et contribue à l’objectif d’atteindre un monde neutre en terme de dégradation des terres. L’initiative “4 pour 1000” doit permettre de développer des actions concrètes sur le terrain qui bénéficient aux agriculteurs et éleveurs, premiers concernés par la dégradation des terres, et plus largement à l’ensemble de la population mondiale. Il s’agit d’une initiative construite autour de deux grands volets d’actions :

  • Un programme d’actions multi-acteurs, étatiques et non-étatiques, pour une meilleure gestion du carbone des sols afin de lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire, tout en contribuant à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation des émissions ;
  • Un programme international de recherche et de coopération scientifique portant sur :
  • l’étude des mécanismes et du potentiel de stockage du carbone dans les sols selon les régions et les systèmes de production,
  • l’évaluation des performances des pratiques agricoles vertueuses et de leurs conséquences sur la séquestration et sur les autres services de production et de régulation,
  • l’accompagnement des innovations par des politiques adéquates,
  • le suivi et l’évaluation des résultats, en particulier à destination des agriculteurs.

L’Initiative met à disposition une plate-forme collaborative pour faciliter les partenariats, des outils pour évaluer les projets en fonction d’un ensemble de références et d’indicateurs et un centre de ressources numériques sur le carbone dans les sols. A ce jour, plus de 250 contributeurs des secteurs public et privé ont déjà rejoint l’Initiative.

La 13ème Conférence des Parties (COP) sur la lutte contre la désertification s’est tenu en Chine, du 6 au 16 septembre 2017, et le “4 pour 1000” y a emporté  le Prix de la politique d’avenir  du World Future Council parmi les politiques les plus innovantes et les mieux à même d’enrayer la dégradation des sols et la désertification.

Alain Vidal, Organisation du Système CGIAR & Stéphane Le Foll, ancien Ministre de l’Agriculture et Vice-Président de l’Initiative “4 pour 1000”, signent l’accord entre le « 4 pour 1000 » et CGIAR le 29 juin 2017 à Montpellier (Crédit : CGIAR)

CGIAR est membre des instances dirigeantes de l’Initiative « 4 pour 1000 » (Consortium et Forum). Trois de ses programmes de recherche – Changement Climatique, Agriculture et Sécurité Alimentaire (CCAFS) ; Forêts, Arbres et Agroforesterie (FTA) et Eau, Territoires et Ecosystèmes (WLE) – sont directement impliqués dans ses travaux. Ils y ont rejoint les centres de recherche français à l’origine du lancement de cette initiative en 2014 avec le Ministère français de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Forêt : l’INRA, le Cirad et l’IRD. Désormais dotée d’un secrétariat au sein de CGIAR, l’Initiative “4 pour 1000” est éligible aux financements internationaux et aux mises à dispositions de personnel.

Nous nourrir de façon durable dès aujourd’hui nous impose donc de nous demander comment notre nourriture a été produite, y compris en nous interrogeant sur les pratiques agricoles qui ont été mises en œuvre, dans le respect ou non des sols – et donc du climat.

 

Ce texte est une version adaptée en français du post publié dans le blog du Huffington Post USA en août dernier, et qui donne de nombreux exemples de recherches menées par les programmes CGIAR sur le “4 pour 1000”  http://www.huffingtonpost.com/entry/599cf073e4b02289f7619107

 

 

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Do we know how much our food impacts on climate change ?

A few of months ago, I published a piece in my Huffington Post blog asking whether food was the largest climate impact of the 2016 Rio Olympics.

Indeed, transport represents 17 percent and energy 37 percent of greenhouse gas emissions globally. Our global food production system—which includes crop farming, raising livestock and deforesting lands to grow livestock feed and other crops, is responsible for about 25 percent of the greenhouse gases produced by human activity warming our planet. As human populations and incomes continue to grow, so does demand for meat, milk and eggs. Across the world, scientists estimate that if agriculture were to conduct business as usual while other sectors reduced their emissions, agriculture’s share of human-induced greenhouse gas emissions could double to 50 percent by 2050.

The biggest challenge however is that greenhouse gas emissions from our food production systems are probably the most difficult to estimate compared to other sectors.

You will often read that emissions from agriculture and forestry range from 21 percent to 31 percent. Deforestation, livestock and agricultural production are usually estimated to be 21 percent of global emissions. Add the share of emissions from transportation of products in the global food supply chain, packaging, and food waste, for example, and the global food system accounts for roughly 31 percent of global emissions.

There’s incredible uncertainty on these estimates, especially for the most impacting food productions like rice and ruminant livestock, which both release methane and nitrous oxide, and have a far greater climate impact than carbon dioxide. In its latest report, the IPCC has indeed been using emission values stemming from a single scientific publication for rice paddies and for livestock, the latter only considering ruminant species from temperate regions. Research shows that uncertainty on global rice emissions is of an order of magnitude of emissions themselves, and that in developing countries, especially Africa, emissions from livestock could have been overestimated by a factor of 10.

Ifugao rice terraces in the Philippines (Photo Credit IRRI, CC BY-NC-SA 2.0)

Because rice paddies release methane, global emissions from rice represent around 1% of total greenhouse gases emissions, almost as much as civil air transport. Ifugao rice terraces in the Philippines (Photo Credit IRRI, CC BY-NC-SA 2.0)

Somehow, someone has been cheating the figures about food, which the general public and media care much less about than their cars’ emissions. Let’s see why. As reported a few years ago, fewer than half of young UK adults know butter comes from a dairy cow and a third do not know that eggs come from hens. Our education system is less to blame than our increasingly urbanized world where we have lost the connection with the agricultural landscapes that provide our food. We have too often let our kids believe that this all comes from the supermarket next door through some sort of industrial process, which is devoid of an animal or plant – let alone a farmer with a family.

It is now common for people to consider the climate impact of the mode of transportation they use, to the point that some pay to offset their CO2 emissions when purchasing an airplane ticket or booking a cab. However, compensating for the climate impact of what we eat is much, much further away. Being able to realize this would assume an understanding that producing what we eat has required not only a transformation and transport process, but that food production has impacted the climate more, because it involves plants, soils and animals that all emit greenhouse gases.

Clearly, massive investment would be needed in agricultural research to improve our understanding and provide a better estimate of agricultural emissions. It would certainly not be much compared to the $14.7 billion Volkswagen announced it would pay to settle emissions-cheating claims with U.S. consumers and regulators? Isn’t it simply that taxpayers and car buyers are eager to pay for less polluting cars than for less polluting food? Therefore, isn’t there time to change the way we consider what we eat and the impact it has on the environment, especially on climate?

But enough questions – our colleagues from the CGIAR Research Program on Climate Change, Agriculture and Food Security (CCAFS) have just published a book, entitled Methods for Measuring Greenhouse Gas Balances and Evaluating Mitigation Options in Smallholder Agriculture, that explains how to:

  • Design a measurement program;
  • Quantify stocks, stock changes and fluxes of the major GHG sources and sinks including: land use and land cover change, greenhouse gas emissions from soils, methane emissions due to enteric fermentation in ruminants, biomass carbon, and soil carbon stocks; and
  • Use field measurements to estimate mitigation potential at larger scales, and assess trade-offs between climate change and development objectives.

A key step towards better estimates on how much what we eat impact on climate change.

Read more in this blog piece published in the Huffington Post blog last year http://www.huffingtonpost.com/alain-vidal/if-food-was-the-largest-climate_b_11650568.html

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Après la COP21, quel agenda pour l’agriculture ?

Quelques mois après l’accord de Paris sur le climat, et un record historique de signatures recueillies à New York de 177 pays, voici venu le temps de l’action. La Ministre déléguée à l’Environnement du Maroc, Mme Hakima El Haite, ne ménage pas sa peine, que ce soit à Washington ou à Rabat, pour rappeler que les discussions sur le climat ne doivent pas se borner à réduire les émissions de gaz à effet de serre des villes du monde industrialisé. Et pose la question de savoir quand l’Afrique, confrontée depuis déjà de nombreuses années au changement climatique, pourra voir émerger des solutions plutôt que des discours. L’Afrique, qui fait face à une des plus sévères sécheresses qu’elle ait connue ; l’Afrique, avec ses 500 millions d’hectares de terres dégradées, ses 300 millions de personnes sans accès à l’eau potable, et ses millions de personnes quittant les campagnes pour s’entasser dans ses mégalopoles.

Dans les débats internationaux sur le climat, l’agriculture tient une place à part : elle est à la fois le premier secteur économique impacté par le changement climatique et un de ses principaux moteurs : la production alimentaire mondiale – qui inclut l’agriculture, l’élevage et la déforestation dont près de 80% est due à l’agriculture – est aujourd’hui responsable de près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre. Et avec l’accroissement de la population et des niveaux de vie, la demande alimentaire mondiale devrait croître de 70% d’ici 2050. Les scientifiques estiment que si l’agriculture, à l’inverse des autres secteurs économiques, ne réduit pas ses émissions de gaz à effet de serre, sa part des émissions pourrait doubler pour atteindre 50% en 2050. L’agriculture se trouve donc confrontée à un triple défi : nourrir une population croissante, s’adapter au réchauffement planétaire et à une variabilité climatique sans précédent depuis l’existence de l’agriculture, et réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Ce triple enjeu, auquel répond l’agriculture climate-smart dont l’objectif est d’assurer conjointement sécurité alimentaire, adaptation au changement climatique et réduction des émissions de gaz à effet de serre, représente 60% des investissements en recherche du CGIAR, le plus important partenariat mondial de recherche agricole dont les travaux contribuent aux efforts mondiaux pour réduire la pauvreté, l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, et la dégradation de l’environnement.

6520239085_5c471f0d8a_oPois grimpants au Rwanda. Les programmes nationaux d’agriculture climate-smart visent à générer de multiples bénéfices, en améliorant la productivité, la sécurité nutritionnelle, et les revenus, en particulier pour les femmes et les groupes les plus vulnérables. Photo: Neil Palmer (CIAT)

Malgré ces énormes défis, l’agriculture et la sécurité alimentaire ont été les grandes absentes des grands débats sur le climat, mais les temps changent… Lors de la Conférence de Bonn sur le Changement Climatique en mai dernier, les scientifiques et représentants des gouvernements et des ONG au sein de l’Organe Subsidiaire de Conseil Scientifique et Technologique (SBSTA) de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), ont émis des recommandations auprès des pays parties à la CNUCCC pour mettre en œuvre les actions issues de l’Accord de Paris. Les défis conjoints de l’adaptation de nos systèmes de production alimentaire et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle ont été au cœur des débats.

En effet, les négociateurs représentant l’Asie du Sud-Est et l’Afrique Subsaharienne ont clairement appelé à la mise en place, lors de la COP22 qui se tiendra cette année au Maroc du 7 au 18 novembre, à la mise en œuvre d’un programme de travail scientifique sur l’adaptation en agriculture, qui ne figure pas pour le moment à l’agenda du SBSTA. Un tel programme devra s’appuyer sur des recherches finalisées et rassemblant des chercheurs du monde entier. Le CGIAR a préparé les documents techniques sur les liens entre agriculture et climat qui ont été utilisés par de nombreux pays et groupes de pays d’Amérique Latine, d’Asie et d’Afrique pour préparer ces réunions. Voici quelques-unes des pistes que nous explorons avec nos partenaires:

  1. Identifier un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre en agriculture
    Le CGIAR, avec ses institutions partenaires, estime que le secteur agricole devra réduire ses émissions de manière très significative d’ici 2030, pour que notre planète reste en-deçà des 2°C de réchauffement. Cependant, une analyse détaillée montre un décalage important entre les options d’atténuation des émissions existant en agriculture et le niveau de réduction attendu : les interventions envisagées ne couvriraient que de 21 à 40% du niveau d’atténuation nécessaire. L’agriculture (hors déforestation) contribue en moyenne à 35% des émissions dans les pays en développement où celle-ci représente encore un part très importante de l’économie, et 12% dans les pays développés. L’atténuation nécessitera des investissements importants, en particulier dans la recherche et dans le soutien aux agriculteurs pour une transition vers une agriculture peu émettrice.  Cela commence par des pratiques agricoles qui permettent de mieux stocker le carbone dans le sol, à l’image de l’initiative « 4pour1000 – Les sols pour la sécurité alimentaire et le climat » lancée par la France lors de la COP21, mais concerne également les gaz émis en agriculture dont le rôle dans le réchauffement climatique est bien plus important que le dioxyde de carbone : le méthane et l’oxyde nitreux. Il existe heureusement de nombreuses innovations prometteuses, comme les inhibiteurs de méthane récemment développés qui réduisent les émissions des bovins de 30% sans affecter leur production laitière. Des variétés de céréales produisant moins d’oxyde nitreux offrent également un fort potentiel.
  2. Suivre avec précisions les avancées de l’agriculture climate-smart
    Le CGIAR, au travers de son Programme de Recherche sur le Changement Climatique, l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire (CCAFS), conseille depuis 2015 le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD) sur sa plateforme sur l’agriculture climate-smart. Durant la COP21, les membres du WBCSD (incluant des géants de l’agro-industrie comme PepsiCo et Kelloggs) se sont engagés à augmenter leur productivité agricole de 50%, tout en réduisant leurs émissions de 50% d’ici 2030. Comme l’indiquait récemment Peter Bakker, le PDG du WBCSD, un tel engagement va nécessiter de “nouvelles règles de transparence et de reporting” : comment ces objectifs seront-ils atteints tout en respectant l’environnement et la justice sociale ? Le CGIAR va donc œuvrer avec le WBCSD à l’amélioration de la capacité des entreprises à tracer, mesurer et piloter leurs avancées par rapport à ces objectifs, en développant des indicateurs issus de ses recherches.
  3. Promouvoir l’accès des agriculteurs à des outils de pointe
    Les agriculteurs du monde entier – et pas seulement ceux du monde en développement – sont d’ores et déjà confrontés à ces questions d’adaptation et d’atténuation, que ce soit au travers de nouvelles règlementations, de l’évolution de l’opinion publique, ou face à une variabilité climatique encore jamais observée depuis l’apparition de l’agriculture. La communauté scientifique se doit de s’assurer que les agriculteurs aient accès à des méthodes pratiques leur permettant d’atteindre les objectifs de la lutte contre le changement climatique tout en nourrissant le monde. Un outil tel que CSA 101, récemment lancé par le programme CCAFS du CGIAR, permet aux agriculteurs qui le souhaitent de déterminer les approches d’atténuation et d’adaptation les plus appropriées, et les guide dans leur mise en œuvre : pratiques culturales, associations de cultures, avertissement agricole, assurance des récoltes, etc.

A quelques semaines de la COP22 qui se tiendra du 7 au 18 novembre à Marrakech, il est impératif de nous souvenir que le monde, et en particulier les plus pauvres et les plus vulnérables, attendent des actions pour limiter les impacts du changement climatique. Ces actions devront être basées sur la recherche, et être soutenues par des politiques publiques et des investissements privés justes et transparents. C’est sans doute notre meilleur moyen de faire avancer l’agenda climat tout en sauvegardant notre sécurité alimentaire.

Ce texte est un développement en français de mon post publié dans le blog du  Huffington Post le mois dernier http://new.www.huffingtonpost.com/alain-vidal/science-that-can-make-the_b_10116750.html

 

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Moving the Paris Climate Agreement into Action for Agriculture

With the ink now dry on the new climate agreement agreed in Paris, the euphoria of achieving a record number of signatories must now give way to practical action from the 177 nations involved. There is little room for self-congratulation, as the Minister of Environment of Morocco reminded summit participants at the recent Climate Action Summit in Washington DC. Tired of the discussions that revolved around what could be done to mitigate greenhouse gas (GHG) emissions by cities in the industrialized world, she asked the frank question: when can Africa, that has been experiencing climate change for many years now, expect solutions instead of speeches? Africa is still enduring one of the most severe droughts on record, has 500 million hectares of degraded land, 300 million people without access to clean and safe water, and millions migrating to its megacities. Africa is projected to become 56% urban by 2050, while Asia is projected to be 64% urban.

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It is time for leaders to wake up from the fog of Paris negotiations and move towards action. Photo: Alain Vidal

At the Bonn Climate Change Conference last month, which convened the Subsidiary Body for Scientific and Technological Advice (SBSTA) of the UN Framework Convention on Climate Change (UNFCCC), scientists set out recommendations to move the Paris Agreement from ambition to action, and the daunting challenge of adapting food systems while producing enough nutritious food was a hot topic.

In fact, negotiators representing South East Asia and sub-Saharan Africa have already loudly called for the climate talks in Morocco this year to establish a real scientific work program on adaptation in agriculture, which is currently not on the SBSTA agenda. Such a program will need evidence-based and impact-oriented science from scientists all over the world to make it viable. At CGIAR, we have prepared papers that have now been used as the basis for providing technical support to countries and country groups in Latin America, Asia, and Africa. Here are some more ways CGIAR and our partners believe science can help provide nutritious food in a warming world:

1. Setting a Global Target for Emissions Reductions in Agriculture
CGIAR with its partner institutions, estimate that the agriculture sector must reduce non-CO2 emissions by 1 gigaton per year in 2030, in order for the world to remain within the 2°C warming limit. Yet in-depth analysis also revealed a major gap between the existing mitigation options for the agriculture sector and the reductions needed: current interventions would only deliver between 21-40% of mitigation required. Agriculture (not including land use change) contributes an average of 35% of emissions in developing countries and 12% in developed countries today. Mitigation will require massive investment, information sharing and technical support from scientists to enable a global-scale transition to low emission technologies. There are many promising innovations on the horizon, such as recently developed methane inhibitors that reduce dairy cow emissions by 30% without affecting milk yields. Varieties of cereal crops that release less nitrous oxide also have great potential.

2. Accurately Monitoring Climate-Smart Progress
CGIAR, through its Research Program on Climate Change, Agriculture and Food Security (CCAFS), has been called upon by the World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) to be a key knowledge partner for its Climate-Smart Agriculture (CSA) platform. At the Paris climate talks, WBCSD members (including agribusiness giants such as PepsiCo and Kelloggs) pledged to make 50% more food available, while reducing emissions by 50% by 2030. As Peter Bakker, CEO of WBCSD commented, this will require “new rules for disclosure and reporting”. CGIAR will be working with WBCSD on improving businesses’ ability to trace, measure and monitor CSA progress, by developing science-based indicators.

3. Promoting Access to Science-Based Tools for Farmers
Farmers all around the world – and not only those from the developing world – are confronted with and will be facing more and more adaptation and mitigation issues, from new regulations and changing public opinions to the obvious, new weather patterns. The scientific community has a responsibility to ensure there are enough practical tools being made available to farmers to help them make their contribution towards climate goals whilst feeding the world. Tools like CGIAR’s CSA 101, recently launched by CCAFS, helps interested farmers determine appropriate mitigation and adaptation initiatives in agriculture and offers guidance on how to set them up.

We’re well on our way to COP22 in Marrakech, and it is imperative to remember that the world, and in particular the poorest and most vulnerable, are expecting – no, needing – action. This action needs to be based on science, and supported by just and transparent public policies and private investments. This is going to be the best way to drive the climate agenda forward and still safeguard our future food supply.

Read more in this blog piece published in the Huffington Post blog earlier this month http://new.www.huffingtonpost.com/alain-vidal/science-that-can-make-the_b_10116750.html

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After COP21, can we eat meat and still reduce greenhouse gas emissions?

After two weeks of negotiations, nearly 200 nations have finally agreed on a global climate change agreement to replace the nearly expired Kyoto Protocol. The Paris Agreement – which aims to limit the increase in global average temperatures to “well below two degrees C” and to pursue efforts to limit it to 1.5 degrees C – will come into force in 2020, and has already been hailed as historic and ambitious by many world leaders. The preamble of the Paris Agreement makes specific reference to “safeguarding food security and ending hunger, and the particular vulnerabilities of food production systems to the adverse impacts of climate change”.

This is finally good news! Indeed, our global food production system—which includes, in addition to crop farming, raising livestock and deforesting lands to grow livestock feed and other crops—is responsible for about a quarter of the greenhouse gases produced by human activity that are warming our planet. As human populations and incomes continue to grow—along with demand for more meat, milk and eggs—across the developing world, scientists estimate that if agriculture were to conduct business as usual while other sectors reduced their emissions, agriculture’s share of human-induced greenhouse gas emissions could double to 50 percent by 2050.

That’s a figure we cannot afford. And we don’t have to.

We need agricultural research to develop new ways to produce much more food with much smaller environmental footprints. In particular, we need to reduce the levels of greenhouse gases that our crop and animal farming and deforesting are generating today.

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With the population set to soar, there is a huge opportunity to intervene and bring down greenhouse gas emissions from livestock production whilst ensuring food and nutrition security. Photo : ILRI/S.MacMillan

Should we still worry about the impacts of rich people over-consuming meat? Yes. Most agricultural greenhouse gases come from livestock mostly from methane and nitrous oxide emitted from livestock manure and the digestive process of cattle, sheep, goats, camels and other ruminant animals. The adverse climate impacts of releasing both methane and nitrous oxide into the atmosphere are far greater than those of carbon dioxide. 

Should we also still worry about the impacts of poor people under-consuming meat? Yes. Across the world’s food-challenged regions, the sustenance provided by livestock—milk, meat, eggs—is critically important. For most poor Africans and South Asians, for example, there are simply no alternative foods that can supply anywhere near the same level of protein and micronutrients.

On a recent visit to the Mazingira Centre (‘mazingira’ means ‘environment’ in Swahili), at the International Livestock Research Institute (ILRI), a CGIAR centre based in Nairobi, Kenya, I discovered two things. First, CGIAR is taking the issue of greenhouse gas emissions from smallholder livestock production very seriously in Africa, where ruminant animals are a main livelihood and source of income for poor people but produce 30 percent or more of the continent’s total greenhouse gas emissions. With the population set to soar, there is a huge opportunity to intervene and bring down these emissions whilst ensuring food and nutrition security. Second, even though ILRI’s Mazingira Centre has been operating for less than two years, its initial findings are highly promising both for meat eaters in rich communities who care about the planet and for smallholder livestock farmers in Africa who are ambitious to rise out of poverty.

Read more in this blog piece published in the Food Tank blog earlier this month http://foodtank.com/news/2015/12/can-we-eat-meat-and-still-reduce-greenhouse-gas-emissions?

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Au-delà de la COP21, changer nos vies ?

A la fin de cette année, près de 40000 participants sont attendus à Paris pour la 21ème conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ou COP21 pour les initiés. En prélude à cet événement que le monde entier attend pour qu’enfin nous ralentissions puis stoppions la folle évolution du climat, 2000 chercheurs et décideurs politiques du monde entier se réunissent cette semaine à Paris pour LA conférence scientifique de l’année sur le climat “Notre avenir commun face au changement climatique”.

Notre climat change, c’est d’ores et déjà une réalité, et les scientifiques nous ont annoncé l’an dernier que l’influence de l’homme sur le système climatique est clairement établie. Du coup, ce titre est une première : la question est posée aux scientifiques de savoir quel avenir commun nous pouvons envisager dans ces conditions. Mais pour une fois dans une conférence internationale sur le climat et l’environnement, il ne s’agit plus seulement de notre planète. Il s’agit avant tout de l’Homme, il s’agit de “nous”, il s’agit de l’humanité dans ce qu’elle a de “commun”. C’est sans doute un signe du fait que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le climat est l’affaire de tous, des Etats au citoyen, et tout égoïsme ne fera qu’aggraver l’évolution du système climatique. Nous sommes donc appelés à la fraternité au sens du partage du diagnostic, des responsabilités des choix des voies de changement, des efforts de toutes formes, que ce soit dans la finance, dans les institutions, dans la recherche ou dans les techniques. Le changement climatique en cours appelle tous les hommes à de nouvelles formes de solidarité.

Et voici qu’il y a quelques semaines, le Pape François a publié sa dernière encyclique sur l’écologie, que beaucoup attendaient, certains pour tenter d’enfin “convertir” les climato-sceptiques, d’autres espérant réconcilier écologie et foi. Comme il en a l’habitude, le Papa François nous a pris à contrepied. Et parle lui aussi de notre avenir commun, de notre responsabilité en tant qu’individus, croyants ou non, et appelle à des changements radicaux : amateurs de compromis et de solutions à la marge, s’abstenir ! Morceaux choisis :

  • Finie la timide prise en compte des besoins des générations futures, c’est notre dignité qui est en jeu : « Il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous-mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette terre.» (160)
  • Finie la croissance durable, il s’agit de “redéfinir le progrès” : « Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Il s’agit simplement de redéfinir le progrès. Un développement technologique et économique qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie intégralement supérieure ne peut pas être considéré comme un progrès. (…) Dans ce cadre, le discours de la croissance durable devient souvent un moyen de distraction et de justification qui enferme les valeurs du discours écologique dans la logique des finances et de la technocratie. » (194)
  • Fini l’individualisme, place à l’attention aux autres et à la nature : « Il est toujours possible de développer à nouveau la capacité de sortir de soi vers l’autre. Sans elle, on ne reconnaît pas la valeur propre des autres créatures, on ne se préoccupe pas de protéger quelque chose pour les autres, on n’a pas la capacité de se fixer des limites pour éviter la souffrance ou la détérioration de ce qui nous entoure. » (208)

Ces paroles fortes ne laissent personne indifférent, et de toutes parts quelles que soient leurs croyances, ceux qui se préoccupent d’environnement, de lutte contre la pauvreté, de sécurité alimentaire, réagissent et expriment leur enthousiasme, tant ces mots font écho à ce pour quoi nous oeuvrons tous les jours à titre professionnel ou personnel : un monde meilleur, plus juste, plus équitable, plus digne.

Si l’écho est d’autant plus fort pour nous, responsables de la recherche et du développement, c’est sans doute aussi que cette encyclique reprend dans le détail de très nombreux résultats de la recherche et d’expériences de développement menées de par le monde, et reconnait leur valeur pour proposer un avenir commun et nous appeler à changer nos vies. C’est un fait rare dans une déclaration “politique” (au sens étymologique du terme), que cela vaut la peine de le souligner.

Bonne lecture pour cet été !

Alain Vidal

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Agribusiness, NGOs and Climate Change: The Smart Way Forward

The world’s smallholder farmers – and therefore much of the planet’s food supply – are under severe threat from climate change. While many businesses are stepping up their response to these complex challenges, and increasingly advocating for pragmatic and science-based solutions, many are frequently met with mistrust and opposition, especially from NGOs.

I have often heard businesses offer no-nonsense ideas for sustainable agricultural practice, and whilst I am not defending all private sector initiatives, I am still yet to see little horns protruding from their CEO’s scalps. Endless arguments about trade-offs are dangerously counter productive, and conspiracy theories a critical waste of time and energy. The real debate is somewhere else: in trying to understand —and help others understand—the significant benefits to the poorest and most vulnerable from “climate-smart agriculture” (CSA). The founders of this concept, of which CGIAR can claim to be one, designed it to generate co-benefits for farmers from the genuine combination of adaptation, mitigation and food security in agriculture.

Chocolate box

Climate-smart agricuiture is not a chocolate box of solutions

CSA is a smart combination of strategies that will help farmers adapt to climate change, mitigate their own contributions to greenhouse gases whilst ensuring their food security at the same time. The operative word here is ‘combination’. CSA is not a chocolate box of solutions; each of the three pillars must be represented. This can be complex, and is also where businesses can come under fire – it is all too easy to jump on the CSA bandwagon touting a cheap mitigation solution, while ignoring adaptation and food security. And this will not wash.

Read more in this blog piece published in the Business Fights Poverty blog earlier this week http://community.businessfightspoverty.org/profiles/blogs/alain-vidal-agribusiness-and-climate-change-the-smart-way-forward

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CGIAR Challenge Program on Water and Food

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Engaging for food security and sustainable development

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